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Dans la ville et le territoire d’Uvira, à l’est de la République démocratique du Congo, la solidarité communautaire est mise à rude épreuve. Face au retour massif des populations déplacées, les familles d’accueil, longtemps considérées comme un pilier essentiel de la réponse humanitaire locale, se retrouvent aujourd’hui à bout de souffle.
Depuis plusieurs mois, de nombreux ménages accueillent des retournés, souvent sans préparation ni appui extérieur suffisant. Cette situation engendre une pression économique considérable sur des familles déjà vulnérables. Certaines d’entre elles se retrouvent désormais sans abri adéquat ni nourriture suffisante, malgré leur rôle crucial dans l’accueil des déplacés.
Selon Emmanuel Abedi, coordonnateur urbain du mouvement citoyen Machozi ya Raia, ces ménages n’ont souvent pas d’autre choix que de partager le peu dont ils disposent :
« Les familles d’accueil sont en difficulté financière, mais lorsqu’elles reçoivent des déplacés, elles se sentent moralement obligées de partager leurs ressources. » Cependant, cette solidarité a ses limites. La présence prolongée des retournés contribue à l’épuisement rapide des stocks de nourriture, d’eau et de bois de chauffe, aggravant ainsi la précarité des ménages hôtes.
Au-delà des défis économiques, la promiscuité dans des habitations déjà surpeuplées accentue les tensions sociales. Willy Serememba, coordonnateur adjoint de l’organisation CRIPAD, alerte sur les conséquences directes de cette situation :
« La cohabitation forcée dans des espaces restreints augmente les risques de violences basées sur le genre (VBG), de conflits et de violences domestiques entre les familles hôtes et les retournés. »
Face à ces risques, CRIPAD a initié des actions de sensibilisation dans les aires de santé de la zone d’Uvira. Elles distribuent également des kits de dignité tout en prévoyant d’étendre ces activités à d’autres zones.
Pour Maître Gislain Kabamba, coordonnateur de l’Observatoire droit, justice et gouvernance locale, l’un des problèmes majeurs réside dans l’exclusion des familles d’accueil des programmes d’aide humanitaire :
« Ne pas inclure les familles d’accueil dans les interventions constitue une forme de discrimination et alimente des frustrations. »
Il recommande que lors des opérations d’identification des déplacés, les familles hôtes soient également recensées et prises en compte comme bénéficiaires à part entière. En effet, elles représentent la première ligne de réponse humanitaire, souvent sans soutien structuré.
Les acteurs locaux plaident pour la mise en place de réponses adaptées aux réalités des ménages d’accueil. Parmi les besoins prioritaires identifiés figurent :
La construction d’abris additionnels pour réduire la promiscuité
L’installation de latrines et d’infrastructures d’hygiène
La distribution de kits non alimentaires (NFI)
Le renforcement du soutien psychosocial
Le développement de projets d’hygiène et d’assainissement pour prévenir les maladies
Ces interventions sont jugées essentielles pour atténuer les tensions, améliorer les conditions de vie et prévenir une aggravation de la crise humanitaire, ajoute Me Ghislain Kabamba.
Enfin, les organisations locales appellent les autorités à la base à renforcer les mécanismes de protection des déplacés et des familles d’accueil. Une meilleure coordination entre les acteurs humanitaires, les autorités locales et les communautés est indispensable pour préserver la cohésion sociale dans un contexte de forte pression démographique.
Alors que la crise se prolonge, la résilience des familles d’accueil atteint ses limites. Sans un soutien accru et inclusif, cette solidarité, pourtant exemplaire, risque de s’effriter, avec des conséquences graves pour l’ensemble de la communauté.
Article rédigé dans le cadre du projet « Habari za Mahali », financé par La Benevolencija et exécuté à Uvira par le consortium UNPC, COMEL-RDC et UFMP.
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