Consommation de boissons fortement alcoolisées chez les jeunes : symptôme silencieux d’une crise profonde

NewsHomeMagazine 05-May-2026 Société Partager sur: Facebook whatsApp Twitter

553585vue(s)

Dans plusieurs zones affectées par les conflits à l’Est de la République démocratique du Congo, un phénomène préoccupant gagne du terrain : la consommation excessive de boissons fortement alcoolisées chez les jeunes. À Kiliba, dans le territoire d’Uvira (Sud-Kivu), cette réalité suscite des débats au sein de la jeunesse, révélant des causes multiples et des conséquences alarmantes dans un contexte de la crise humanitaire. Pour de nombreux adolescents et jeunes adultes marqués par les violences et l’instabilité, l’alcool apparaît comme un refuge temporaire. Il devient un moyen d’échapper aux traumatismes, au stress quotidien et à l’incertitude du lendemain. D’autres, en revanche, expliquent cette tendance par l’oisiveté et le manque d’opportunités.

« Si les jeunes sont devenus de plus en plus ivrognes, c’est parce qu’ils n’ont pas d’occupation. S’ils étaient engagés dans des activités qui leur prennent du temps, ils ne passeraient pas leurs journées dans les débits de boisson. Mais comme ils restent à la maison de 6 heures à 18 heures, ils s’adonnent à cette pratique », explique Bienfait Kalimbiro, président du groupe Young Life Kiliba.Les conséquences de cette consommation excessive sont nombreuses et préoccupantes. Plusieurs organisations locales signalent une augmentation des violences basées sur le genre, souvent liées à l’ivresse. Les jeunes filles sont particulièrement vulnérables aux abus, tandis que certains jeunes garçons adoptent des comportements agressifs sous l’effet de l’alcool.

Par ailleurs, le phénomène contribue à l’abandon scolaire et à la baisse de fréquentation des établissements, notamment chez les adolescents qui développent une dépendance progressive.

Selon Christophe Lwala, coordonnateur de l’organisation Émergence RDC, les impacts dépassent la seule sphère individuelle : « L’alcool a des effets graves sur la santé physique et mentale des jeunes, et aggrave les violences basées sur le genre. Sous l’emprise de l’alcool, certains jeunes commettent des actes de violence sexuelle. » Il estime également qu’environ 30 % des décès chez les jeunes dans certaines zones seraient liés à une consommation excessive d’alcool.

De son côté, Safi Binti Amissi, membre du centre d’encadrement social des jeunes « Tukutane Art », souligne le manque d’encadrement et d’information : « Les jeunes périssent faute de formation et de sensibilisation. » Elle appelle les écoles, les églises et les organisations communautaires à intégrer des programmes de soutien psychosocial et d’éducation aux dangers de l’alcool.

Elle insiste également sur le rôle des associations de jeunes, qui peuvent offrir des espaces d’écoute et promouvoir des alternatives positives comme le sport, les activités culturelles ou les groupes de parole.Les acteurs locaux recommandent par ailleurs un renforcement des services de santé mentale, la régulation de la vente d’alcool aux mineurs, ainsi que des campagnes de sensibilisation ciblées. Le soutien aux familles vulnérables est également jugé essentiel. Enfin, les experts s’accordent sur la nécessité d’une approche globale : il est impossible de lutter efficacement contre la consommation abusive d’alcool sans s’attaquer aux causes profondes, notamment les traumatismes liés aux conflits et la précarité socio-économique.

Alors que les crises persistent dans l’Est du pays, la lutte contre l’alcoolisme chez les jeunes apparaît comme un enjeu majeur de santé publique et de cohésion sociale. Répondre à ce défi exige des actions coordonnées, durables et adaptées aux réalités locales.

Article rédigé dans le cadre du projet Habari za Mahali, financé par La Benevolencija et mis en œuvre à Uvira par le consortium UNPC, COMEL-RDC et UFMP.

Article similaire

Poste populaire