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Dans un contexte de crise prolongée, les communautés d’Uvira appellent à une approche inclusive de l’aide humanitaire, afin de réduire les tensions sociales et renforcer la solidarité entre déplacés et familles d’accueil.
Un contexte de crise persistante dans l’Est de la RDC
À Uvira, dans la province du Sud-Kivu, les conséquences des conflits armés, des catastrophes naturelles et des déplacements massifs de populations continuent de fragiliser le tissu social. Face à cette crise humanitaire prolongée, la manière dont l’aide est distribuée suscite de nombreuses interrogations, tant chez les bénéficiaires que chez les acteurs communautaires et humanitaires.
La question du ciblage des bénéficiaires reste au cœur des préoccupations : qui reçoit l’aide, sur quels critères, et avec quelles conséquences pour la cohésion sociale ?
Des bénéficiaires qui expriment leur reconnaissance… et leurs attentes
Interrogés sur le processus de sélection, plusieurs bénéficiaires affirment que leur situation de vulnérabilité, notamment en tant que déplacés internes, a justifié leur inclusion dans les programmes d’aide.
« Parce que nous étions du côté du lac Tanganyika et que nous nous sommes réfugiés ici, c’est ce qui a fait que nous soyons assistés », explique un déplacé.
Un autre témoigne du processus :
« Ils nous ont rencontrés ici après notre fuite de Kamanyola. Ils nous ont interrogés et nous avons expliqué comment nous avions fui avec cette femme à travers les collines jusqu’à Luvungi. C’était un bon critère, car ils cherchaient les déplacés de Bukavu et de Kamanyola. »
Ces témoignages mettent en lumière une certaine confiance dans les critères utilisés, mais révèlent aussi les risques d’exclusion d’autres groupes tout aussi vulnérables.
Les familles d’accueil : des oubliées de l’aide ?
Pour Bani Bibenga, coordonnateur de l'organisation Initiative pour la Réconciliation Communautaire, il est essentiel que l’aide ne se limite pas uniquement aux déplacés.
« Même s’il y a des déplacés victimes de conflits, certaines familles d’accueil vivent les mêmes situations de vulnérabilité. Lorsqu’on assiste uniquement les déplacés, cela peut créer des frustrations et des tensions dans la communauté. »
Un avis partagé par Claude Walumona, chef de ménage et membre d’une famille d’accueil :
« C’est une frustration, car la famille déplacée vient ajouter une charge à la famille d’accueil. Souvent, les vivres ne suffisent pas pour couvrir toute la durée du séjour. Il faut soutenir les deux. »
Les défis des humanitaires sur le terrain
Les acteurs humanitaires reconnaissent ces préoccupations, mais évoquent des contraintes importantes.
Armelle Rutebeza, chef de programme au sein de l’ONG CEDIER, pointe deux principaux défis :
Les capacités opérationnelles limitées,
Les perceptions sociales qui influencent l’accès aux communautés.
« Dans certaines séances, nous avons du mal à atteindre certaines couches de la population. Il y a des sensibilités qui affectent notre accès », explique-t-il.
Malgré cela, Rutebeza insiste sur les principes humanitaires qui guident leur action : neutralité, impartialité et indépendance.
« Nous réalisons nos analyses de manière objective, en consultant différentes couches de la population d’Uvira. »
La participation communautaire, un levier pour plus d’équité
Selon Rutebeza, la participation des communautés est un facteur clé pour garantir l’acceptation des critères de sélection.
« La participation joue le rôle de baromètre pour comprendre les perceptions des uns et des autres. »
Un constat confirmé par Emmanuel Bugoma Musafiri, agent de la Commission diocésaine Justice et Paix, qui alerte sur les risques d’une aide perçue comme inéquitable :
« Les distributions mal perçues peuvent fragiliser la cohésion sociale. Il faut impliquer toutes les parties prenantes, informer les bénéficiaires sur les aides reçues, et mettre en place des mécanismes de retour d'information pour prévenir les abus. »
Vers une aide plus inclusive et durable à Uvira
Dans un environnement marqué par la fragilité sociale et sécuritaire, l’appel est lancé pour une approche humanitaire plus inclusive, équitable et transparente. Cela implique de tenir compte des familles d’accueil, de renforcer la participation communautaire, et de protéger les principes humanitaires dans la mise en œuvre des programmes.
À Uvira, renforcer la cohésion sociale passe par une aide qui ne divise pas, mais qui rassemble autour des besoins communs et des valeurs de solidarité.
Cet article est publié dans le cadre du projet Habari za Mahali, mis en œuvre par le Consortium UNPC, COMEL et UFMP, avec l’appui de La Benevolencija.
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