Sud-Kivu : Quand les mots divisent : l’impact des discours de haine sur les personnes déplacées et les groupes marginalisés à Uvira

NewsHomeMagazine 03-Feb-2026 Société Partager sur: Facebook whatsApp Twitter

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Dans la ville d’Uvira, située à l’est de la République démocratique du Congo, les discours de haine constituent un facteur aggravant des tensions sociales existantes. Dans un contexte marqué par les déplacements forcés, la précarité économique et les fragilités institutionnelles, les mots peuvent parfois avoir un impact aussi destructeur que les violences physiques. Ces discours, diffusés à travers les conversations quotidiennes, les marchés, certains médias locaux et les réseaux sociaux, contribuent à l’exclusion sociale et portent atteinte à la dignité humaine, en particulier celle des personnes déplacées et des groupes marginalisés.

Les déplacées internes figurent parmi les populations les plus exposées aux effets négatifs des discours de haine à Uvira. Fuyant les violences armées dans les hauts plateaux et d’autres zones affectées par les conflits, elles cherchent refuge dans des quartiers déjà confrontés à une forte pression sur les ressources. Toutefois, leur présence est parfois perçue comme une menace. Comme en témoigne cette femme, mère de cinq enfants, déplacée à Uvira, ces perceptions négatives se traduisent par des stigmatisations persistantes : les déplacés sont accusés d’être porteurs d’insécurité ou responsables de la dégradation des conditions de vie. Ces narratifs alimentent la marginalisation sociale et rendent l’accès à l’emploi, aux services de base et aux opportunités économiques encore plus difficile.

Les femmes déplacées et les jeunes issus de groupes marginalisés subissent une vulnérabilité accrue. À la discrimination liée à leur statut s’ajoutent des discours sexistes, dégradants et parfois violents. Selon les témoignages recueillis, ces propos affectent profondément l’estime de soi et la capacité de ces groupes à s’intégrer dans la communauté d’accueil. Chez les jeunes, la répétition de messages de rejet peut engendrer un sentiment de frustration, de colère ou de résignation. Dans certains cas, cette exclusion sociale favorise des comportements à risque, renforçant ainsi un cycle de marginalisation et de violence.

Face à cette situation préoccupante, quelques leaders communautaires et acteurs de la société civile à Uvira osent dénoncer la banalisation et la normalisation des discours de haine bien que non écouter. Lors d’un atelier organisé par l’ONG Groupe Milima du 14 au 17 janvier 2026, consacré aux stratégies de lutte contre les discours de haine et destiné aux journalistes et influenceurs d’opinion, Marie Jeanne NTAKOBANJIRA a souligné que ces paroles divisantes compromettent les efforts de coexistence pacifique. Selon elle, « lorsque les mots détruisent la confiance, ils rendent impossibles la paix durable et le développement ».

Dans ce contexte, les bénéficiaires de cette formation organisée par GROUPE MILIMA insistent sur la nécessité d’adopter une approche inclusive fondée sur le dialogue, l’écoute et le respect de la dignité humaine. La sensibilisation des communautés, la responsabilisation des médias, la promotion de témoignages constructifs et le renforcement des mécanismes locaux de cohésion sociale apparaissent comme des leviers essentiels. Redonner la parole aux personnes déplacées, aux femmes et aux jeunes marginalisés ne consiste pas uniquement à dénoncer les discours de haine, mais à reconnaître leur humanité et leur droit fondamental à vivre ensemble dans la dignité. À Uvira, les réseaux sociaux et certains médias demeurent des vecteurs importants de propagation des discours de haine, avec des conséquences négatives sur la cohésion sociale et le développement local. La lutte contre ces pratiques constitue donc un enjeu majeur pour la stabilité sociale et l’inclusion durable de toutes les communautés.

Article rédigé dans le cadre de la campagne « Stop Intox », mise en œuvre dans le cadre du projet « Appui au renforcement de la cohésion sociale, inclusion des personnes déplacées et groupes marginalisés dans la ville d’Uvira à travers la lutte contre les discours de haine et la désinformation », un projet de l’ONG Groupe Milima avec l’appui financier de la GIZ QUALIPRO.

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