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Le manque d’abattoirs modernes et de qualité en ville et territoire d’Uvira représente un sérieux risque pour la santé de la population consommatrice de viande.
Dans ces entités de la province du Sud-Kivu, l’abattage des animaux se fait souvent dans des conditions précaires et en dehors du cadre réglementaire. L’absence de contrôles vétérinaires rigoureux et les infrastructures inadaptées constituent une réalité qui touche directement les ménages et augmente le risque de maladies d’origine alimentaire.
Selon un expert en la matière, cette situation expose les consommateurs à de nombreux dangers. « Dans les abattoirs congolais, vous trouverez souvent des services non réglementés. Il n’y a pas beaucoup de contrôles. On observe la présence de vétérinaires, mais certains ne sont pas assermentés et ne sont pas reconnus par l’Ordre national des vétérinaires. Pourtant, les vétérinaires des abattoirs sont censés contrôler tous les mouvements des bouchers avant l’abattage d’un animal et vérifier si les animaux destinés à l’abattage sont en bonne santé pour protéger les consommateurs », a déclaré Maître Alphonse Mushuka, coordonnateur de l’Organisation de protection des droits des consommateurs.
De son côté, Sobanuka Prosper, technicien vétérinaire, a également évoqué les dangers liés à la consommation de viande provenant d’animaux abattus sans contrôle vétérinaire rigoureux. Il cite notamment les infections bactériennes, la tuberculose bovine ou encore le charbon animal, des maladies qui peuvent être contractées à travers la viande contaminée ou mal inspectée.
« Dans les abattoirs d’Uvira, nous ne disposons pas d’instruments ou de matériels appropriés pour effectuer un contrôle rigoureux des animaux prêts à être abattus. La plupart des vétérinaires utilisent des examens macroscopiques, c’est-à-dire basés uniquement sur l’observation. Avec ce système, certaines maladies présentes chez l’animal peuvent passer inaperçues. Les consommateurs peuvent alors être contaminés par différentes infections, y compris la tuberculose. Toute une ville peut être affectée par la consommation d’une viande contaminée », a-t-il souligné.
Face à cette situation, cet expert en médecine vétérinaire insiste sur la nécessité de renforcer les mesures de contrôle sanitaire dans les abattoirs, de construire des abattoirs modernes et de sensibiliser les acteurs de la chaîne de production de viande.
Cette situation affecte non seulement les consommateurs, mais aussi les bouchers et les éleveurs de la ville et du territoire d’Uvira. Un boucher rencontré sur le terrain témoigne des conditions difficiles dans lesquelles ils travaillent.
« Nous construisons nous-mêmes des hangars au niveau de l’abattoir grâce à nos cotisations. Nous égorgeons les animaux à même le sol et utilisons l’eau de la rivière pour nettoyer la viande. Il y a aussi des personnes qui abattent des moutons, des chèvres ou même des vaches chez eux avant de venir nous les vendre. Les conditions sont vraiment alarmantes. Parfois, la viande est remplie de sable parce que les animaux sont égorgés à même le sol sur des sacs. Nous demandons la construction d’abattoirs modernes », explique-t-il.
Un acteur de la société civile d’Uvira propose également des solutions pour faire face à cette crise. « Il est important d’entretenir les abattoirs existants. Les organisations humanitaires devraient s’intéresser à cette question en dotant les abattoirs d’équipements modernes, en organisant des activités de renforcement des capacités des vétérinaires et des bouchers, et en finançant les associations de vétérinaires ainsi que celles de production de viande. Il faudrait aussi soutenir des projets de construction d’abattoirs dans les différentes cités du territoire d’Uvira et dans les communes de la ville », a indiqué Emmanuel Abedi, coordonnateur du mouvement citoyen Machozi ya Raiya.
Article produit dans le cadre de la campagne « Habari za Mahali », exécutée par le consortium UNPC-UFMP-COMEL avec le financement de La Benevolencja.
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